Le rythme au coeur des projets IT
Par Maxime Toledano, Directeur de Projets au sein de la branche Industrie – Energies – Services (IES) de GFI Informatique

En informatique comme ailleurs, un projet c’est d’abord une question de rythme. Un début et une fin, avec un enchaînement de points remarquables plus ou moins homogènes. La difficulté réside, avant tout, dans le fait d’accorder les parties prenantes sur le choix de la partition à exécuter, et que – dans notre métier – la partition n’est jamais la même et reste à écrire avant chaque représentation. Heureusement, les informaticiens disposent d’instruments, certes perfectibles, mais déjà bien ajustés, qu’ils sont sus mettre à profit lors de nombreuses répétitions pour faire leurs gammes et apprendre à jouer de concert.

Le rythme est donc au coeur de la prestation informatique, car s’il n’est pas partagé par tous et à tout instant, la cacophonie règnera, apportant le mécontentement voire l’opprobre de ceux qui ont payés pour une toute autre musique. Pour ajouter à la complexité, et même si certaines oeuvres sont – par nature – d’un rythme plus rapide que d’autres, celui-ci n’est jamais constant et peut s’accélérer ou ralentir selon les moments. En informatique, on évoque plutôt la notion de rythme dans les projets agiles, qui sont synonymes de mouvements rapides et répétés.

Par comparaison, on peut alors dire qu’un projet informatique mené dans une démarche plus classique, telle que le cycle en V, est d’un rythme plus lent. Que dire, alors, d’un projet de refonte globale ou d’urbanisation d’un SI, pour lequel on tend vers un rythme très lent ? A l’opposé, il existe aussi des projets de rythme très rapide, plus encore ceux des projets agiles, qui portent sur une production ergonomique de type maquettes d’écrans et d’interfaces homme-machine plus ou moins spécialisées, via par exemple, des mobiles ou des bornes interactives. Si l’on décompose plus finement ce rythme, en une succession de mouvements plus sourds et d’autres plus marqués, alors mêler harmonieusement des rythmes rapides et lents revient à synchroniser les mouvements les plus marqués à des moments stratégiques de la partition. Les mouvements les plus sourds, parfois même inaudibles, pouvant alors coexister au sein de l’ensemble, sans dégrader la qualité intrinsèque de l’oeuvre.

Si l’on résume en prenant un exemple, un projet d’ergonomie de 3 semaines peut venir enrichir un projet agile de 3 mois, qui lui-même apporte de la valeur à un projet de refonte d’un applicatif prévu sur 9 mois. Ce dernier participe à un important projet d’urbanisation de 3 ans, dès l’instant où les points de synchronisation remarquables que sont les livraisons et intégrations sont parfaitement orchestrés sur une partition d’ensemble. Pour diminuer la complexité, on pourra alors faire en sorte de différencier les apports des projets en fonction de leur rythme propre, avec – toujours pour l’exemple et pour des rythmes de plus en plus longs – des lots d’IHM, de fonctionnalités, de services web et de blocs applicatifs.

Mais lorsque l’on regarde l’ensemble à la dimension de l’entreprise, d’autres rythmes apparaissent. Pour exemple, un rythme métier au plus proche des clients, où la réactivité et la vitesse de concrétisation doivent suivre dans l’instant les directives du chef d’orchestre. Sauf qu’en l’occurrence, il n’y a alors plus à ce niveau un mais plusieurs chefs d’orchestre, s’attelant chacun à jouer un petit bout d’une partition commune. En s’éloignant, le rythme s’estompe, se fait plus sourd et atténué. Moins flamboyant, il gagne en puissance ce qu’il perd dans les attaques et dans les crêtes. Il devient résonnance et tempo profond, semblable à un bruit de machine faisant écho à la mélodie de premier plan. Là règnent en maître les choristes des achats ou de l’assistance à maîtrise d’ouvrage, auxquels répondent les équipes avant-vente des fournisseurs – SSII, intégrateurs et éditeurs. Puis, comme dans un cycle perpétuel, ressortent les percussions du Delivery, et le rythme reprend pour coller aux métiers. Ainsi va la vie de la DSI et de ses sous-traitants, appelés à jouer une réplique de la partition complète, moins audible et perceptible, mais dans laquelle toute fausse note amènera immanquablement un désaccord d’ensemble.
 
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