Efficacité : et si l’État s’y mettait vraiment ?

Comment améliorer le fonctionnement des services publics tout en réduisant les déficits ?
Une seule réponse : l’État doit être plus efficace ! Mais tandis que nos voisins se dotent des outils pour accroître l’efficacité de leurs administrations, nous en sommes encore à débattre de l’intérêt des nouvelles technologies.

Et si l’État français s’y mettait vraiment ?

Commençons par une histoire belge. C’est l’histoire d’un État fédéral décidé à lutter contre une fraude classique à la TVA – la fraude dite « carrousel ». En 2006, son préjudice était évalué à 1 milliard d’euros. En un an, l’administration fiscale belge a pu réduire cette fraude de 90 % – soit 900 millions d’euros !

Derrière ce succès, il n’y a pas de baguette magique, mais… des nouvelles technologies, à savoir un logiciel. Mis en œuvre avec les experts du fisc belge, ce nouvel outil visait à analyser des informations pour détecter toute situation « anormale », permettant aux agents de cibler où il était le plus pertinent d’enquêter – et, le cas échéant, de lancer un contrôle. C’est ce qu’on appelle l’analyse prédictive.
N’est-ce pas là ce que font tous les jours les agents du fisc ? Précisément. Sauf qu’ils ne le font pas tous avec la même efficacité. En se dotant d’un puissant outil d’aide à la décision, le fisc belge mettait cette expertise à disposition de l’ensemble de ses agents. C’est là la clé d’un succès historique.

Des sources d’efficacité dans tous les domaines

Déjà largement utilisés par les administrations américaines, les outils d’analyse prédictive sont aujourd’hui adoptés par nos voisins européens, avec des applications très diverses. La plus courante concerne sans doute la lutte contre la fraude : à l’image du fisc belge, les organismes sociaux ou encore les administrations douanières utilisent l’analyse prédictive pour accroître l’efficacité de leurs contrôles.

Les nouvelles technologies peuvent aussi contribuer à améliorer les services rendus au citoyen. En matière de sécurité, par exemple, l’analyse prédictive permet non pas de savoir où vont se commettre des crimes – mais bien d’optimiser le déploiement des forces de police dans une grande ville en fonction des risques réels. Dans le même esprit, la justice américaine calcule les probabilités de récidive d’un criminel pour fixer le montant de sa caution. Des instituts de veille sanitaire utilisent ces outils pour prédire l’évolution d’un virus ou la propagation d’une épidémie… La liste est longue, et les résultats sont là.

Exploiter réellement les informations disponibles

Le principe de l’analyse prédictive est simple. Il s’agit d’exploiter les informations dont disposent les administrations, non seulement pour nourrir des statistiques, mais pour servir l’action. Comment ? En analysant plusieurs millions de données disponibles, les logiciels prédictifs établissent un modèle explicatif des comportements des administrés, citoyens ou entreprises. Ils en déduisent des probabilités de comportements futurs, et formulent des recommandations d’action, selon les priorités fixées par les utilisateurs.
La matière première ne manque pas : s’il est bien une chose dont les administrations sont riches, c’est l’information. L’autre matière nécessaire, c’est la matière grise de nos experts, indispensable pour paramétrer les logiciels prédictifs et interpréter les résultats obtenus. On l’a vu avec l’exemple belge : l’analyse prédictive « industrialise » les pratiques des meilleurs experts (ce « flair » que confèrent des années d’expérience). Un outil au service de ceux qui sont au service des citoyens, en somme.

Dépasser des freins d’un autre âge

A l’heure où la « réforme de l’État » mobilise nombre d’expertises et d’énergies, tout ce qui contribue à améliorer l’efficacité des administrations devrait être le bienvenu. Et pourtant, rien ne bouge – ou si peu. Pourquoi ? Les freins sont avant tout culturels. La résistance au changement est particulièrement coriace. Qu’il est donc difficile d’adopter le pragmatisme en France !

Mais il est une autre raison, plus rationnelle : c’est la méconnaissance qu’ont nos élites du potentiel des nouvelles technologies. Nous avons déjà informatisé l’administration française, disent-ils – et ils semblent sincèrement persuadés que leurs modèles sont optimums. Quelle erreur ! Certes, ces modèles sont parfois brillants. Mais, construits par des statisticiens, ils ne peuvent trouver que ce qu’ils cherchent… Tandis que les outils d’analyse prédictive peuvent analyser les données sans a priori et de façon dynamique, trouver des caractéristiques communes insoupçonnées et prédire des comportements. Conçus et paramétrés avec des experts métier, ils sont naturellement orientés vers l’action – donc vers l’efficacité.

Nos voisins l’ont bien compris : qu’il s’agisse d’améliorer le service ou de réduire les coûts, leurs décideurs publics se sont réellement convertis aux nouvelles technologies. Qu’attendons-nous donc pour construire une nouvelle « techno-administration » française ? Si nous ne prenons pas ce train aujourd’hui, le virage nous sera imposé demain. « Tout est possible », paraît-il. Chiche ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>